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Journaliste de formation et directrice de la communication de l’Agence Nationale chargée de la Promotion de l’Investissement et des Grands Travaux (APIX-S.A.), Jacqueline Fatima Bocoum a lancé un appel aux femmes lors d’une rencontre sur le leadership féminin à Dakar en février avec les « Linguère Awards ». Elle les invite à entreprendre dans la légalité.

« Imaginez le nombre de femmes que je rencontre tous les jours, qui viennent pour s’inscrire, qui viennent pour créer leur société. Et le ratio, c’est à peu près 35 % de femmes contre 65 % d’hommes. Les hommes se formalisent beaucoup plus que les femmes. Il y a certes des problèmes d’accès à l’information, mais ce n’est pas la seule raison. Les garanties pour les femmes sont insuffisantes, et on ne le dit pas toujours. De plus, les formations ne sont pas toujours adaptées. »

Un partenariat homme-femme plutôt qu’une opposition

Selon Mme Bocoum, il ne doit pas y avoir de dualité entre hommes et femmes, mais plutôt un partenariat. Pour elle, les femmes doivent aussi se regarder dans un miroir et se poser les bonnes questions.

« Il y a des barrières culturelles. Et je pense que le vrai débat aujourd’hui, c’est d’oser dire ce qui ne va pas. Tant que nous n’aurons pas le courage de nous confronter à nous-mêmes, et non aux hommes – car nous voulons en faire des partenaires, pas des ennemis – nous aurons du mal à avancer.

Si nous ne mettons pas des mots sur ce qui ne va pas dans nos sociétés, nous resterons toujours dans des quotas et des privilèges accordés à certaines femmes qui ont la chance d’avoir un poste à responsabilité ou un micro à la main. Mais qu’en est-il de toutes ces autres femmes, souvent plus brillantes que nous, mais moins chanceuses ? Nous devons aller les chercher, même si parfois nous ne savons pas où elles sont.

Nous devons aussi dépasser cette peur constante de la concurrence, que ce soit en milieu professionnel ou même dans le mariage. »

Croire en soi et se libérer des freins internes

Jacqueline Fatima Bocoum encourage les femmes à croire en elles :

« Quand est-ce que les femmes comprendront qu’il y a des choses qu’elles seules peuvent se donner ? Quelle que soit la bienveillance autour de nous, nous devons mener un combat intérieur.

La confiance en soi est essentielle. L’égalité doit être inculquée dès l’enfance. Il ne s’agit pas d’aller contre les hommes, mais plutôt d’aller à la rencontre de soi-même et de définir ce que l’on souhaite devenir. »

Le rôle des hommes dans l’émancipation des femmes

jacqueline fatima bocoum - Soleil.snMme Bocoum reconnaît également l’apport des hommes, même si ces derniers peinent parfois à reconnaître la force des femmes.

« Quand vous avez des pères forts, vous avez des femmes fortes. Souvent, nous oublions que si les hommes nous accompagnent dans notre éducation, ils peuvent comprendre pourquoi une fille indépendante est aussi importante qu’un homme indépendant. Ils le réalisent parfois en observant leurs propres filles. En revanche, lorsqu’il s’agit de leur épouse, certains ne veulent même pas qu’elles aillent au bureau, préférant qu’elles restent à la maison pour les servir. »

Valoriser aussi les échecs, pas seulement les réussites

Elle déplore le fait qu’au Sénégal, seul le succès soit mis en avant, alors que les échecs doivent aussi être connus pour servir de leçon.

« Je ne vais pas parler de succès, parce que le succès se voit. Malheureusement, dans notre pays, on ne met en lumière que les réussites.

Les échecs restent tabous, cachés par peur ou par honte. Pourtant, nous vivons tous des échecs, qu’ils soient professionnels, amicaux ou conjugaux. Moi, par exemple, j’en suis à mon troisième mariage.

Je ne peux pas dire que j’en suis fière, mais je sais que j’ai fait tout ce que je pouvais pour que ça fonctionne. Ce que je n’accepterai jamais, c’est de m’effacer derrière quelqu’un, au point de m’oublier moi-même. C’est là que réside le vrai danger. »

 L’importance de l’indépendance financière

Enfin, Jacqueline Fatima Bocoum met en avant la résilience des femmes et prône leur autonomisation financière.

« Nous sommes mères, épouses, salariées, entrepreneures… mais avant tout, nous sommes des individus à part entière. Il est essentiel d’avoir un pouvoir économique, non pas seulement pour avoir le droit de parler, mais pour avoir le droit de faire des choix et d’exister pleinement. Nous devons apprendre à nos filles que l’État ne donne pas d’emplois. Ce n’est pas son rôle. L’État doit mettre en place un cadre permettant au secteur privé de créer des opportunités pour les jeunes. »

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