Le 8 mars est dédié à la Journée des droits de la femme. Votre site, Echodefem.com, au-delà de leur rendre hommage toute l’année, attache une importance singulière à cette date, ô combien symbolique. Prenant donc prétexte de cette journée où les droits des femmes sont débattus sur les plateaux télé, sur la toile, à travers les ondes des radios FM, entre autres, echodefem.com est allé à la rencontre d’une grande artiste pour… une grande interview.
Oumy Guèye, puisque c’est d’elle qu’il s’agit évolue dans le mouvement hip-hop. OMG de son surnom (à ne pas confondre avec ‘’Oh My God !’’, a fait fureur avec le tube Hey girl, et a été sacrée meilleure artiste féminine en 2017, 2018 et 2019 au GHH (Galsen Hip Hop Award, ainsi que finaliste au prix Découvertes RFI en 2017 et 2018.
Pouvez-vous revenir, pour nos internautes, sur les débuts de votre carrière musicale ?
J’ai commencé la musique un peu par hasard. Souvent, je faisais quelques spectacles à l’école. Lors de l’un d’eux, un rappeur de l’époque, qui était dans le même lycée que moi mais déjà professionnel, m’a remarquée. Durant cette période, il préparait quelques sons en studio et s’apprêtait à tourner des clips. Alors sans hésitation, il m’a interpellée en ces termes : « Toi, tu chantes bien, j’aimerais que tu viennes faire des chœurs pour moi. » C’est ainsi que tout a commencé.
J’ai débuté donc en faisant des chœurs pour lui, pour ses sons. Un jour, il m’a emmenée au studio DD Record. Sur place, le producteur, en entendant ma voix, a été séduit et m’a proposée une collaboration. Rien n’était encore officiel, mais après deux ans passés au studio, j’ai décidé de me lancer dans une carrière musicale.

Pourquoi le rap ? Le mouvement hip-hop de manière générale ?
Le rap, pour moi, c’est plus qu’une musique. Avant même d’être artiste, le rap m’a beaucoup appris. J’étais une fille très casanière. Je passais mon temps entre la bibliothèque et la maison. Je restais souvent devant mon ordinateur à écouter du rap, une musique qui, pour moi, était à la fois informative et éducative. Grâce au rap, je découvrais comment les jeunes de mon époque vivaient, ce qu’ils faisaient, ce qui se passait autour de nous. C’était une musique de jeunes, une musique vraie.
Quand j’ai voulu démarrer ma carrière, j’ai remarqué qu’il y avait peu de femmes dans le milieu. Il y avait peut-être une ou deux rappeuses à l’époque, comme Sister LB et Déesse Major. Je me suis dit qu’il fallait plus de représentativité féminine.
Le rap me permet aussi de m’exprimer librement, de dire ce que je pense sans filtre. C’est ce qui m’a poussée à choisir cette voie.
Avez-vous été influencée par des artistes ?
Oui, bien sûr ! Ici au Sénégal, j’écoutais Carlou D, Awadi, Daradji, et Canabasse. J’étais particulièrement fan de Canabasse.
Sur l’international, j’écoutais Diam’s et Nicki Minaj. Ce sont ces artistes qui ont bercé mon adolescence et influencé ma musique.
Vous êtes une femme active dans le hip-hop, une épouse et une mère. Comment conciliez-vous tout cela ?
C’est très dur, on ne va pas se mentir. Être femme au Sénégal, c’est déjà compliqué. Être mariée, encore plus. Et être maman aussi.
Mais quand on a un bon partenaire, qui comprend et soutient nos rêves, ça simplifie les choses. Il faut être organisée, savoir planifier son emploi du temps pour équilibrer la carrière, la famille et les enfants. Mon mari m’aide beaucoup, et nous nous partageons les responsabilités. Cela demande énormément de motivation et de rigueur.
Avez-vous déjà fait face à des difficultés spécifiques en tant que femme dans le hip-hop ?
Je ne dirais pas que j’ai rencontré des obstacles directs, mais il y a clairement des barrières. Être une femme, surtout une femme mariée, vous ferme parfois certaines portes. Les opportunités ne se présentent pas aussi facilement en comparaison aux hommes.
Mais cela ne me décourage pas. Je me bats pour chaque chose que je veux. Il y aura toujours des obstacles et des bâtons dans les roues, mais il faut persévérer. 
Vous avez dénoncé le phénomène «Baltazar», ces avances indécentes dans le milieu musical. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Ce phénomène ne concerne pas que la musique. Il est présent dans tous les milieux professionnels : entreprises, administrations, etc. Le harcèlement, les promotions de canapé… c’est un fléau qui ralentit les femmes. Quand un homme veut aider un autre homme, il le fait sans rien attendre en retour. Mais pour une femme, il y a souvent des conditions implicites. C’est dommage !
Nous devons, en tant que femmes, nous serrer les coudes. Si une femme refuse ces avances mais qu’une autre accepte, le combat devient plus difficile. Il faut une solidarité féminine forte pour combattre ce phénomène.
Quel message adressez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent intégrer et avoir une belle carrière dans le hip-hop ?
Je leur dirais simplement de croire en leurs rêves. Peu importe la passion qu’elles ont, elles doivent la vivre pleinement et positivement. Il faut beaucoup de patience, de détermination et de motivation.
Le succès ne se présente pas du jour au lendemain. C’est un travail de longue haleine, semé d’embûches. Mais il ne faut jamais abandonner, même après un échec. Chaque chute est une leçon.
Un mot à l’endroit des hommes ?
Les hommes savent très bien la puissance des femmes, même s’ils en ont parfois peur. Tout ce que je leur demande, c’est d’écouter et de soutenir les femmes autour d’eux. Mon mari, par exemple, m’a toujours soutenue dans ma carrière musicale, et cela fait une énorme différence.






































































