Mutilations génitales féminines : À Tambacounda, 85 % des femmes et des filles ont subi cette violence

Khary Diène
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Dénoncer les abus de pouvoir, s’investir dans des campagnes pour la justice climatique, lutter contre la pauvreté ou la promotion de l'égalité des genres, jouer un...
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Ce jeudi 06 février 2025, la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines a été célébrée. Amnesty International a publié sur sa plateforme un article axé sur la région orientale de Tambacounda, présentant des estimations effrayantes sur ces violences fondées sur le genre.

« Selon les derniers chiffres du Fonds des Nations Unies pour la population, 85 % des femmes et des filles de 15 à 49 ans vivant dans la région de Tambacounda au Sénégal ont subi une forme de mutilations génitales féminines. Par exemple, 13,8 % d’entre elles, à l’instar de Fatoumata, ont subi la forme la plus grave, qui consiste à coudre les grandes lèvres en laissant un orifice pour l’écoulement des urines et des menstruations », indique Amnesty.

Parmi les personnes affectées, une femme a pris la parole au nom de ses sœurs et de ses filles victimes de ces mutilations. Fatoumata Diallo, 50 ans, mère de sept enfants et vivant de l’agriculture et de l’élevage, est reconnue dans son village, situé près de Koussanar dans l’Est du Sénégal, pour son combat contre les mutilations génitales féminines (MGF). Survivante elle-même et membre d’un comité d’alerte mis en place par Amnesty International pour lutter contre les violences basées sur le genre, elle sensibilise les communautés et aide les filles exposées au risque d’être excisées.

Mutilations génitales féminines

« Cela fait 20 ans que je lutte contre les MGF, car j’en ai moi-même fait l’expérience. J’ai été placée dans un groupe de 10 à 20 filles et nous avons été emmenées dans la brousse par des femmes pour être excisées. Une des filles a perdu la vie parce qu’elle a été coupée de façon sauvage. Malheureusement, elles n’ont pas pu stopper le saignement. Elles l’ont transportée à dos d’âne jusqu’au centre de santé, mais elle est décédée pendant le trajet. Cela m’a laissé une marque indélébile.

J’ai été excisée quand j’avais environ 10 ans. Avec ce type d’excision, on te coupe, puis on te pratique une autre opération. Ainsi, le jour de ton mariage, avant de rejoindre ton mari dans la chambre nuptiale, une nouvelle incision est pratiquée. J’ai été mariée, et c’est ce qui m’est arrivé. J’ai ressenti des douleurs atroces et j’ai été en état de choc pendant plusieurs jours. J’avais 13 ans.

J’ai donc subi à la fois un mariage précoce et une mutilation. C’est ce qui m’a amenée à m’engager dans la lutte. Mon mari me soutient dans tout ce que je fais. J’ai eu des filles, et elles ont eu des filles, mais elles ne sont pas excisées. Je n’ai fait subir cela à aucun membre de ma famille.J’ai sauvé beaucoup de jeunes filles, je ne peux pas dire combien. »

Fatoumata Diallo se réjouit du succès de ses actions de sensibilisation, mais explique également les difficultés à cerner le problème dans cette localité frontalière avec la Gambie et le Mali.

« Koussanar, la ville située près de mon village, se trouve dans une zone carrefour avec les pays frontaliers. Le Mali n’a pas de loi contre les MGF, et bien que la Gambie en ait une, elle ne l’applique pas. Les femmes se déplacent vers ces pays pour faire exciser leurs filles. Quand j’apprends qu’une petite fille est née, je me rends dans la famille dès le baptême pour leur dire : ‘Je sais qu’il y a un nouveau-né chez vous et que c’est une fille, mais il ne faut pas la faire mutiler, car il existe une loi contre cela.’ Je leur montre des supports de sensibilisation sur les conséquences de l’excision pour expliquer ce que cela provoque chez l’enfant. Je leur dis que s’ils passent à l’acte, je les dénoncerai.

Il y a eu un cas récent où une grand-mère et une mère voulaient emmener cinq filles dans une autre localité pour les faire exciser. Quand j’ai appris cela, j’ai réuni d’autres femmes et nous sommes allées ensemble parler à la grand-mère et à la mère, sans aborder directement le sujet de l’excision. Je leur ai expliqué que les filles étaient en pleine année scolaire, qu’elles allaient rater des cours et que cela leur porterait préjudice. J’ai conseillé à la mère de ne pas partir avec les filles. J’ai également déclaré : ‘Je ne sais pas ce que vous aviez prévu, mais j’irai vous dénoncer, et vous savez ce qui va en découler.’ La mère a finalement accepté de ne pas procéder à l’excision. »

Amnesty International accompagne également des campagnes pour lutter contre les violences basées sur le genre dans la région de Tambacounda, dans l’Est du Sénégal.

 

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