Gynécologue-obstétricienne de formation, le médecin-colonel Youhanidou Wone Dia a été aux commandes de l’hôpital militaire de Ouakam pendant trois ans. Sous son commandement, la structure s’est hissée parmi les meilleurs établissements de santé du pays, avec un plateau technique modernisé et des capacités renforcées.
C’est dans cet hôpital que la première transplantation rénale du Sénégal a été réalisée, une prouesse que le médecin-colonel attribue à la coordination rigoureuse et à la cohésion de l’équipe médicale.
Connue pour sa discrétion, sa rigueur et son sens du devoir, le médecin-colonel Wane Dia s’est imposée comme une figure de référence aussi bien dans les rangs des forces armées que dans le corps médical. Elle reste, à ce jour, la première femme à avoir mené une opération militaire sur le terrain en Casamance une première dans l’histoire des forces armées sénégalaises.
À la question : « Vous préférez qu’on vous appelle colonel Wone ou docteur Youhanidou ? », elle répond, sereine : « Les deux me vont, colonel comme docteur ». C’était lors d’un entretien accordé à Global Télévision.
Son parcours éclaire une personnalité solide et engagée. Ancienne élève du lycée Lamine Guèye, elle décroche son baccalauréat avant d’intégrer l’École militaire de santé, après avoir brillamment réussi le concours d’entrée. Elle effectue l’intégralité de sa formation universitaire à la faculté de médecine de Dakar.
Une fois diplômée, elle est affectée dans plusieurs garnisons à Dakar : d’abord à l’infirmerie du camp Diallo (Bataillon du Matériel), puis auprès de la Gendarmerie nationale, où elle servira deux ans.
C’est au cours de cette période qu’elle obtient sa spécialisation en gynécologie-obstétrique. À sa demande, elle est redéployée à l’hôpital militaire de Ouakam, dans une unité alors dépourvue de maternité. « Je sentais que je pouvais y monter une maternité. Au bout de quatre années, j’ai pu la mettre en place. Dieu merci, aujourd’hui, elle tient son rang dans le dispositif sanitaire de Dakar », confie-t-elle.
Le médecin-colonel se remémore également une mission sensible au front en Casamance : « C’était une expérience passagère, mais marquante. J’étais la première femme désignée pour une OPEX. Initialement, je devais partir au Congo avec un contingent en attente du feu vert des Nations Unies. Mais des événements ont éclaté en Casamance, et tout le contingent a été redéployé sur ce théâtre. »

Déployée au poste de secours avancé à Ziguinchor, la jeune lieutenante d’alors fait face à une certaine surprise :
« J’étais la seule femme dans le bataillon, avec deux armes de dotation, ce qui interpellait. Vu ma petite taille, certains trouvaient que mes armes étaient plus grandes que moi. »
Elle poursuit :
« Je dormais avec mes deux armes. Je ne montais pas en ligne, sauf pour quelques visites dans les tranchées. Mon rôle était de recevoir les blessés, d’assurer les consultations. J’ai tenu le poste pendant trois mois avant d’être relevée pour des raisons de maternité. »
Son engagement dans la médecine militaire remonte aux années 1990, porté par une volonté de conjuguer service à la nation et vocation médicale. Son mari, Elhadj Dia, se souvient de leur première rencontre à l’hôpital Le Dantec, alors qu’elle était encore étudiante. Il avoue avoir été surpris d’apprendre qu’elle appartenait à l’armée, en raison de sa silhouette menue.
Fille d’Amadou Tidiane Wone, ancien maire de Kanel, le médecin-colonel Wone Dia perpétue une tradition familiale d’engagement public. Son parcours, entre blouse blanche et treillis, illustre une fidélité sans faille aux valeurs de santé, de discipline et de service à la patrie.




