Diary SOW Ecrivaine : « Aujourd’hui, mon écriture est devenue beaucoup plus introspective »

Khary Diène
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Khary Diène
Dénoncer les abus de pouvoir, s’investir dans des campagnes pour la justice climatique, lutter contre la pauvreté ou la promotion de l'égalité des genres, jouer un...
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Nominée à deux reprises comme meilleure élève au Concours général sénégalais en 2018 et 2019, la jeune Diary Sow est partie en France pour poursuivre ses études supérieures. Passionnée par les mots, elle a déjà publié deux livres. Dans cet entretien, Diary se livre en partageant son parcours et les péripéties de sa vie. L’écriture, véritable échappatoire pour elle, la conduit aujourd’hui à explorer un nouveau genre littéraire : le roman, qu’elle nous dévoilera très bientôt.

Bonjour Diary, merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs ?

Je m’appelle Diary Sow, je suis née à Mbour, une ville côtière du Sénégal, mais mon enfance a été marquée par des allers-retours entre Dakar, Malicounda et Diourbel. Chacun de ces lieux a contribué à façonner la personne que je suis aujourd’hui, avec ses particularités culturelles, ses paysages et ses ambiances. Je suis écrivaine, passionnée par les mots depuis toujours, et récemment diplômée, je débute ma carrière en tant qu’ingénieure généraliste en France. Je vis actuellement à Paris, une ville qui m’inspire par son rythme, son histoire et sa diversité culturelle.

Quand et comment avez-vous décidé de vous lancer dans l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a motivée ?

Mon histoire avec l’écriture a commencé très tôt. Petite, je me réfugiais souvent dans mes cahiers pour écrire des histoires. Elles parlaient de ce que je voyais autour de moi : l’amour entre les membres de ma famille, les liens d’amitié, mais aussi des scènes imaginaires. J’aimais mélanger le réel et l’inventé, comme si je pouvais recréer le monde à ma manière.

À 16 ans, j’ai écrit mon premier roman. C’était une aventure fascinante, mais ce n’est qu’en 2019 qu’il a été publié par les éditions Harmattan. En relisant mes écrits de cette époque, je me rends compte que beaucoup étaient des nouvelles, des fragments de vie que je gardais pour moi. Je n’osais pas les partager.

L’écriture a toujours été une échappatoire et un exutoire pour moi. Je viens d’un environnement familial où je me sentais parfois différente, en décalage, et le papier me permettait de m’exprimer librement, sans peur d’être jugée. Je garde aussi l’image de mon père qui, en rentrant du travail, me ramenait des livres. C’était notre rituel, une porte ouverte sur l’imaginaire et la découverte.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier livre ? Quel en était le thème principal et qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Mon dernier livre, Je pars, a été publié en 2021 aux éditions Robert Laffont. Il traite d’un thème qui me tient particulièrement à cœur : l’exil, la disparition volontaire. Pourquoi part-on ? Quelles en sont les conséquences ? Comment ceux qui restent vivent-ils cette absence ?

L’histoire suit Coura, une jeune femme qui décide de partir, un acte qui est à la fois un cri de liberté et une quête de soi. Mais ce départ n’affecte pas seulement Coura : il impacte aussi profondément sa famille, ses amis, tous ceux qui attendent, espèrent ou souffrent en silence.

Ce roman a été nourri par ma propre expérience. Fin 2020, j’ai ressenti le besoin de m’éloigner pour réfléchir, ce qui a déclenché une importante vague médiatique en début 2021.  À travers Je pars, j’ai voulu aborder ces questions intimes sous le prisme de la fiction, afin de préserver ma vie privée tout en partageant un message universel.

Je Pars - Diary Sow - echodefem.com

Comment se déroule votre processus d’écriture habituel ? Avez-vous des rituels ou des méthodes de travail spécifiques ?

Mon processus d’écriture est fluide et souvent chaotique. Je n’ai pas de rituel figé ; tout dépend de mon état d’esprit et du type d’écriture. Par exemple, pour Je pars, j’ai ressenti le besoin de m’isoler complètement, de me plonger dans une introspection profonde. J’ai travaillé intensément pendant trois mois dans une sorte de bulle créative.

En revanche, quand j’écris dans mon journal, cela peut être très spontané. Je capte une pensée au vol, une émotion fugace, parfois dans des lieux inattendus : le métro, un parc, ou même une file d’attente. J’ai toujours mon téléphone ou un carnet à portée de main.

Pendant mon adolescence, j’écrivais beaucoup sur les autres, en imaginant des scènes inspirées du quotidien. Aujourd’hui, mon écriture est devenue beaucoup plus introspective, comme si elle était un miroir de mes pensées et de mes interrogations sur la vie.

Vos ouvrages abordent souvent des sujets sociétaux importants. Qu’est-ce qui vous pousse à traiter de ces thèmes dans vos écrits ?

Je pense que l’écriture est indissociable de la société dans laquelle on vit. Les thèmes que j’aborde – la quête de soi, le déracinement, les rapports intergénérationnels, la condition des femmes – me touchent personnellement, mais ils résonnent aussi avec les préoccupations universelles.

Quand j’écris sur la douleur des femmes, c’est parce que je la ressens, je la partage. Quand je parle de conflits identitaires ou de déracinement, ce sont des questions que j’ai moi-même vécues ou observées autour de moi. À travers mes livres, je cherche des réponses, je mets en lumière ce qui reste parfois dans l’ombre.

Quels sont les auteurs ou les œuvres qui vous ont le plus influencée dans votre propre écriture ?

Je suis une lectrice éclectique. Dans mon enfance, je dévorais tout ce qui me tombait sous la main, sans distinction. Ce mélange hétéroclite a façonné mon écriture.

Les poètes comme Victor Hugo, Rimbaud ou Verlaine m’ont marquée par la beauté de leurs mots. La poésie a laissé une empreinte sur ma manière d’écrire, même si je ne m’en rends pas toujours compte.
J’ai aussi été profondément influencée par les auteurs africains comme Léopold Sédar Senghor, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma ou Amadou Hampâté Bâ. Leurs œuvres m’ont montré que l’écriture pouvait être une manière de réconcilier deux mondes, d’exprimer une identité multiple. J’ai découvert que ma langue maternelle pouvait vibrer sous les mots que j’écrivais en français, et cela a enrichi ma vision de la littérature.

Quels sont vos projets d’écriture futurs ? Avez-vous d’autres livres en préparation ?

Diary Sow - echodefem.com (1)Oui, je travaille actuellement sur plusieurs projets, principalement des romans. Je prends le temps de les mûrir, car chaque idée mérite d’être développée avec soin. J’espère pouvoir bientôt partager ces nouvelles histoires avec mes lecteurs.

Selon vous, quel rôle joue l’écriture dans la société d’aujourd’hui ? Comment peut-elle contribuer au changement social ?

L’écriture est un pilier de la société. Elle est à la base de tout : les films que nous regardons, les chansons que nous écoutons, les discours qui nous inspirent… C’est un moyen de dénoncer les injustices, de raconter des vérités que certains préfèrent taire, mais aussi de rêver et d’inspirer.

Pour moi, l’écriture est une forme de résistance et de transmission. Elle garde en vie les idées, les émotions, les luttes d’une époque, pour les offrir aux générations futures.

Je me souviens, enfant, d’avoir lu Une si longue lettre de Mariama Bâ. Elle était déjà décédée, mais en lisant ses mots, c’était comme si elle était avec moi, dans ma chambre. Elle susurrait ses idées, ses blessures, ses vérités dans ma tête. C’était puissant. Dans ma solitude, elle me tenait la main et m’aidait à comprendre des choses plus grandes que moi. Quelque chose d’elle avait survécu grâce à l’écriture, et cet héritage, ce pouvoir de traverser le temps et les silences, c’est cela que je trouve extraordinaire.

L’écriture, c’est la preuve que les idées ne meurent jamais vraiment. Elle a le pouvoir de faire entendre des voix oubliées, de maintenir le dialogue entre les époques et d’éclairer les chemins à venir.

Que conseilleriez-vous aux jeunes aspirants écrivains qui souhaitent se lancer dans l’écriture ?

Écrivez avec votre cœur, sans chercher à plaire ou à suivre une tendance. Écrivez ce qui vous touche, ce que vous aimez, ce que vous craignez. N’ayez pas peur de vos mots, et surtout, ne laissez personne censurer votre créativité. Prenez du plaisir à écrire, c’est l’essentiel.

Pour terminer, avez-vous un message à adresser à vos lecteurs et à ceux qui vous suivent ?

L’écriture est un pouvoir, un outil merveilleux. Utilisez-le avec sagesse, mais surtout, osez vous exprimer. Merci à vous de lire et de partager ce voyage avec moi.

Merci beaucoup Diary pour votre temps et votre générosité. Cela a été un réel plaisir de vous rencontrer.

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