Une rencontre aux allures d’un cours magistral s’est tenue ce mercredi à la Maison de la Presse Babacar Touré. Intitulée « Cas d’école », elle a réuni la presse, la Police nationale et l’organisation Article 19 autour du thème « Traitement de l’information sur la Police nationale : Parole aux acteurs ».
La commissaire divisionnaire Sanou Diouf, directrice de la formation de la Police nationale, a pris part aux échanges et a rappelé un précédent « Cas d’école », organisé dans les locaux de l’École de police. Elle a souligné l’importance de ces rencontres, dans la mesure où journalistes et forces de l’ordre se côtoient régulièrement sur le terrain, chacun dans l’exercice de sa mission.
« Après l’activité du 29 janvier 2025 à l’École nationale de police, qui portait sur le maintien de l’ordre et le respect du droit à l’information, nous avons aujourd’hui un autre cadre d’échanges sur les droits face au droit à l’information. Nous abordons notamment des thématiques essentielles comme la présomption d’innocence, le secret de l’instruction et le droit à l’information. Ces sujets concernent autant les policiers, qui sont chargés du maintien de l’ordre, que les journalistes, qui ont la responsabilité d’informer les populations », a-t-elle expliqué.
Une relation police-presse parfois conflictuelle

Mme Diouf a dressé un état des lieux des relations entre la police et les journalistes, notant des tensions dans le passé. « Nous avons constaté qu’il y avait souvent des interactions très négatives entre policiers et acteurs de la presse, qu’il s’agisse de journalistes ou de techniciens. Lors de notre dernière rencontre, nous avons abordé ces questions pour voir comment briser la glace et faire comprendre que nous sommes deux acteurs qui travaillent ensemble. Il est essentiel d’harmoniser nos positions afin d’éviter que l’exercice de nos missions respectives n’empiète l’un sur l’autre », a-t-elle précisé.
La commissaire a également relevé les points sensibles dans le traitement de l’information par la presse, notamment les préjudices que certaines publications peuvent causer aux enquêtes en cours.
« Nous avons poussé la réflexion en abordant la présomption d’innocence et le respect des enquêtes en cours. Toute personne interpellée ou citée dans une affaire est présumée innocente jusqu’à preuve du contraire devant un tribunal. Or, nous constatons que dans le quotidien, des interférences se produisent fréquemment : des informations sensibles sont divulguées, et parfois, des cas de désinformation surgissent. Il était donc important d’avoir l’avis d’experts, notamment de professeurs d’université, de juristes et d’hommes de l’art, pour mieux encadrer ces pratiques. »
Une collaboration nécessaire et des formations adaptées
L’objectif principal de ces rencontres est d’harmoniser les positions et d’établir une collaboration franche et transparente entre la police et les journalistes.
« Ce que nous recherchons, c’est une meilleure coordination pour que chacun puisse jouer son rôle efficacement. Que ce soit la police, dans le cadre des enquêtes judiciaires, ou les journalistes, dans leur mission d’information. L’idée est d’établir une compréhension mutuelle des responsabilités de chacun. »
Mme Diouf a également souligné la nécessité de sensibiliser les journalistes et les élèves policiers dès leur formation.
« Il est important d’intégrer dans la formation des journalistes des notions liées au maintien de l’ordre, tout comme nous sensibilisons nos élèves policiers aux codes d’éthique et de déontologie du journalisme. Cela leur permettra, avant même d’entrer sur le terrain, de mieux comprendre les rôles et les impératifs de chacun. »
Elle a insisté sur le fait que les policiers et les journalistes ne devraient pas se considérer comme des adversaires, mais plutôt comme des partenaires ayant des missions complémentaires.
« Il ne doit pas y avoir une fracture entre les deux corps de métier. Nous devons évoluer dans un climat de respect mutuel, où chacun comprend et respecte le rôle de l’autre. »
La question de la sécurité des journalistes sur le terrain
Enfin, la commissaire divisionnaire a évoqué la sécurité des journalistes lors des interventions policières, un sujet crucial dans le cadre des manifestations et autres événements sensibles.
« La police fera tout pour garantir la présence sécurisée des journalistes sur le terrain. Toutefois, en cas de danger avéré pour eux ou si leur présence entrave une intervention policière, nous prendrons des mesures adaptées. Il est essentiel que la presse puisse couvrir les événements en toute sécurité, tout comme la police doit pouvoir remplir sa mission de maintien de l’ordre. »
Ce dialogue entre la presse et la police marque une avancée vers une collaboration plus fluide et une meilleure compréhension des enjeux communs. L’initiative Cas d’école, qui permet ces échanges constructifs, semble ainsi poser les bases d’une relation plus sereine et professionnelle entre forces de l’ordre et acteurs des médias.





































































