Jeune entrepreneure visionnaire et directrice de MBD Global Ecom, Bineta DIEYE incarne l’ambition. Forte d’un parcours international, marqué par des expériences chez Warner Bros et L’Oréal, elle choisit de revenir au Sénégal pour contribuer activement au développement du pays. À travers son cabinet spécialisé dans le e-commerce et l’intelligence artificielle, elle s’engage à promouvoir les talents africains et à soutenir l’autonomisation des femmes dans le numérique. Dans cet entretien, elle partage son histoire inspirante, ses défis et sa vision pour un avenir inclusif et innovant.
Qui est Bineta Dièye ?
Bineta Dièye est une jeune femme dynamique, âgée d’un peu moins de trente ans, avec des projets plein la tête. L’ambition est l’une de ses devises et de ses racines. Pourquoi ? Parce que ses parents, depuis son plus jeune âge, lui ont toujours parlé de ses origines. Ils lui disaient : certes, tu es française, mais ton sang est sénégalais. Donc, tu ne seras jamais française comme les Français. Tu auras toujours ce côté sénégalais en toi.
Il est crucial pour elle de mettre cela en valeur et de ne jamais être complexée par ses origines ou celles de ses ancêtres. Elle a toujours su qu’elle voulait accomplir quelque chose pour son pays et pour l’Afrique de manière générale, même si elle ne savait pas précisément quel poste elle occuperait.
Avez-vous ressenti cela durant votre parcours académique ?
Je me souviens qu’au lycée, ma professeure d’anglais m’a demandée ce que je voulais faire plus tard. J’ai répondu que j’aimerais être une actrice du développement de l’Afrique. J’ai toujours su que je voulais œuvrer pour l’Afrique, même si je ne savais pas encore comment.
Par ailleurs, j’ai toujours eu une âme compétitrice et carriériste. Je voulais être parmi les meilleures de ma classe, décrocher les meilleurs stages et travailler dans les plus grandes entreprises. Ce qui me définit, ce sont mes racines et mon ambition.
Qu’en est-il de votre parcours professionnel et de votre arrivée chez L’Oréal ?
J’ai étudié le commerce international, le marketing et le management. Avant de rejoindre L’Oréal, j’ai effectué un stage à Londres dans une grande agence de publicité collaborant avec des marques telles que Louis Vuitton et OPI. À la fin de mon stage, j’ai eu l’opportunité de travailler sur le marché anglais pour Warner Bros, puis sur le marché français.
Bien que je souhaitai rester à Londres, des complications administratives m’ont poussée à accepter une offre chez L’Oréal à Paris. C’était une immense fierté pour moi, car j’étais la seule issue d’une université publique, un parcours que j’ai su valoriser. Mon père, lui aussi diplômé d’une université, m’a toujours répété que l’université formait autant, sinon plus, que les écoles de commerce.
Rejoindre L’Oréal, un univers élitiste souvent réservé aux diplômés de grandes écoles, m’a permis de m’imposer en tant que femme noire africaine. J’ai appris à me connaître, à développer des compétences, notamment les soft skills essentielles dans ces environnements, et à bâtir un réseau professionnel solide.
Quelles sont les personnes qui vous ont inspirée et marquée dans votre carrière ?
Ma mère a été ma plus grande source d’inspiration, notamment dans le domaine de l’entrepreneuriat. En 2003, elle a ouvert une boutique rue Lafayette, devenant l’une des premières femmes noires et africaines à le faire. Enfant, je passais mes week-ends à l’aider, apprenant à gérer les relations clients et à m’imposer dans le monde professionnel français.
Par ailleurs, mes expériences au Canada et en Angleterre m’ont également inspirée. J’y ai rencontré des personnes aux horizons divers qui m’ont appris que peu importe d’où l’on vient, l’important est de s’assumer et de poursuivre ses objectifs.
Pourquoi avoir quitté une carrière prometteuse en France pour venir vous installer au Sénégal ?
Revenir au Sénégal a toujours été une évidence pour moi. Mes parents m’ont inculquée que, peu importe mes papiers français, mon sang est sénégalais. L’objectif était clair : participer au développement de mon pays.
Ce fut une décision difficile car j’avais une belle carrière en France avec un bon salaire. En 2025, j’ai décidé de tout quitter pour m’installer au Sénégal et me consacrer à l’entrepreneuriat à 100 %. Cependant, cette transition a été facilitée par le fait que j’avais déjà lancé mon cabinet de consulting, MBD Global Ecom, depuis la France, collaborant avec de jeunes Sénégalais et Maliens.
Aujourd’hui, je suis fière d’être ici. Mon but n’est pas de changer le Sénégal, mais d’y contribuer en apportant les compétences acquises à l’étranger et en partageant mes connaissances.
Vous avez évoqué tantôt votre cabinet de consulting, MDB Ecom, que faites-vous exactement ?
J’ai fondé MBD Global Ecom en mars 2023. C’est un cabinet de consulting spécialisé en e-commerce et intelligence artificielle (IA). Je suis fière d’avoir été la première à créer ce type de structure en Europe, alliant IA et e-commerce.
Au début, mon projet ciblait surtout la France, mais au fil du temps, j’ai constaté le potentiel des jeunes Africains dans le numérique. J’ai commencé à travailler avec une community manager au Mali, puis j’ai recruté des experts techniques au Sénégal et au Mali.
Aujourd’hui, je fais le lien entre mes clients européens et américains, et les jeunes talents africains qui souhaitent travailler et se former. Nous réalisons des projets variés : e-commerce, développement d’applications, création de sites web, et plus encore.
Quel regard portez-vous sur les femmes dans le monde professionnel ?
Les femmes doivent s’imposer, particulièrement dans le numérique, secteur en pleine expansion. Beaucoup de femmes africaines, y compris celles travaillant dans l’agriculture, sont déjà connectées et maîtrisent les outils numériques sans même s’en rendre compte. Ce qu’il leur manque, c’est la formation.
C’est pourquoi j’encourage vivement leur apprentissage dans le numérique. J’ai récemment collaboré avec une association de femmes pour leur proposer des formations gratuites et les accompagner dans leurs projets, comme la création d’applications ou de sites web.
Comment les entreprises peuvent-elles mieux soutenir les femmes dans leur ascension professionnelle ?
Il est essentiel que les entreprises donnent aux femmes autant de responsabilités qu’aux hommes. Il ne faut pas les cantonner à des tâches administratives ou de secrétariat.
Je propose la création de comités féminins au sein des entreprises, où les femmes peuvent s’entraider, échanger des conseils et partager des actualités, notamment dans le numérique. Ces rencontres mensuelles permettraient de discuter des nouvelles technologies et de renforcer leurs compétences. 
Quels conseils donnez-vous aux jeunes femmes qui aspirent à des postes de leadership ?
Restez humbles. Le leadership ne consiste pas à se positionner au-dessus des autres, mais à développer ses compétences et à partager ses connaissances. La sororité et l’entraide sont cruciales.
N’ayez pas peur de vous lancer dans vos projets. Apprenez à vous connaître : vos forces, vos faiblesses et vos compétences. Entourez-vous de personnes bienveillantes et n’hésitez pas à réseauter, car le développement personnel et professionnel passe par les échanges.
Que dites-vous à l’endroit de celles pour qui vous êtes une inspiration ?
Avant de vous lancer dans un projet, prenez le temps de vous connaître. Ne laissez personne vous définir. Identifiez vos forces, vos faiblesses, et travaillez sur vos compétences.
Une fois que vous savez qui vous êtes, foncez. Lancez-vous et entourez-vous des bonnes personnes, hommes et femmes, qui croient en vous. Restez ouvertes aux opportunités et développez-vous quotidiennement, tant sur le plan personnel que professionnel.
Ma devise : évoluer chaque jour, mentalement, spirituellement et professionnellement.




