Arestine Mendes, piscicultrice et directrice de l’entreprise Shaday, se distingue par son engagement en faveur de la lutte contre les changements climatiques. Elle met en lumière les défis liés à cette cause et insiste sur le rôle essentiel que peuvent jouer les femmes pour obtenir des résultats concrets.
Une sensibilisation nécessaire sur les défis climatiques
Selon elle, le manque d’information constitue un obstacle majeur. « Beaucoup de gens ne comprennent pas réellement ce que signifie le changement climatique. Ce sont des termes scientifiques qui peuvent sembler abstraits. Pourtant, si on expliquait simplement à une femme que certaines maladies dont souffrent ses enfants ou encore les difficultés économiques de son mari sont directement liées au changement climatique, elle saisirait immédiatement l’importance de la question », souligne-t-elle.
L’impact de la surpêche sur la sécurité alimentaire
Arestine Mendes dresse un constat alarmant sur les effets de l’exploitation excessive des ressources halieutiques. « Je n’imaginais pas que la farine de poisson pouvait avoir un impact aussi dévastateur. La surpêche compromet la sécurité alimentaire et affecte profondément l’équilibre écologique. Il faut rappeler que les océans sont le plus grand puits de carbone de notre planète », affirme-t-elle.
Si elle salue les efforts en matière de reboisement, elle insiste sur la nécessité de ne pas négliger la préservation des océans. « Il existe de nombreuses initiatives pour planter des arbres, mais il ne faut pas oublier que restaurer les océans est tout aussi important pour le climat. Pendant des années, les océans ont joué un rôle clé dans l’absorption du CO2. Il est temps de leur redonner leur capacité à remplir cette fonction essentielle », plaide-t-elle.
Des solutions alternatives pour limiter la surexploitation des ressources marines
Pour atténuer les dégâts et stopper la surexploitation des produits de la mer, elle propose des pistes innovantes. « Si nous pouvions transformer certains déchets en nutriments pour les algues, elles pourraient ensuite être utilisées comme aliment pour les animaux, grâce aux avancées des biotechnologistes et des chimistes. Cela réduirait notre dépendance à la farine de poisson et contribuerait à lutter contre l’insécurité alimentaire », explique-t-elle.
Vers une pisciculture plus respectueuse de l’environnement
Arestine Mendes estime que l’aquaculture doit être repensée pour être plus durable et mieux adaptée aux défis environnementaux. « Il est essentiel d’informer et de sensibiliser la population aux enjeux climatiques. Il faudrait, par exemple, mettre en place un système où l’eau utilisée en pisciculture ne serait plus gaspillée, mais recyclée et réutilisée. Les déchets issus de ce processus pourraient aussi être transformés en engrais pour l’agriculture », suggère-t-elle.
Le rôle clé des femmes dans l’agriculture et la pisciculture
Elle insiste également sur la résilience et l’implication des femmes dans tous les domaines. « Les femmes s’investissent à fond dans tout ce qu’elles entreprennent. Il suffit de les informer et de leur donner les moyens d’agir. Qu’il s’agisse de la pisciculture, de l’agriculture ou d’autres secteurs, elles peuvent proposer des solutions concrètes et efficaces face aux défis actuels », affirme-t-elle.

La raréfaction des poissons, un fardeau pour les femmes rurales
Avec la diminution des ressources halieutiques, les femmes, en particulier celles vivant à l’intérieur du pays, rencontrent de grandes difficultés. « Certaines parcourent des centaines de kilomètres pour venir à Dakar acheter du poisson importé, ce qui représente un coût exorbitant pour elles », déplore Mme Mendes.
Elle regrette profondément la situation actuelle : « Le Sénégal, autrefois reconnu comme l’une des côtes les plus poissonneuses d’Afrique, est aujourd’hui contraint d’importer une grande partie de son poisson. Pire encore, il ne s’agit même plus de poissons issus de la pêche traditionnelle, mais de produits de pisciculture. Beaucoup l’ignorent », alerte-t-elle.
Pollution industrielle et destruction des écosystèmes marins
Elle pointe du doigt la responsabilité des industries dans la pollution des océans. « Comment en sommes-nous arrivés là ? Prenons l’exemple de la baie de Hann, qui était autrefois un véritable paradis. Aujourd’hui, cette zone est fortement polluée, principalement à cause des déchets industriels et des abattoirs situés à proximité. Chaque jour, des centaines, voire des milliers de litres de sang y sont déversés, rendant les eaux impropres à toute vie marine. C’est d’ailleurs ce qui m’a poussée, dès le début de mon engagement, à chercher des moyens de transformer ces déchets d’abattoirs en protéines », confie-t-elle.
Un secteur porteur d’emplois pour la jeunesse
Enfin, elle souligne que le secteur halieutique pourrait être une véritable opportunité d’emploi pour les jeunes. « Il existe de nombreux jeunes talentueux qui ne demandent qu’à innover. La Banque mondiale et les organismes de financement devraient soutenir davantage les initiatives, comme les hackathons, qui permettent à ces jeunes scientifiques de développer des solutions durables », conclut-elle.




